L’optimisation de la capacité

Journey into Themed Design

Created with Sketch.

L’optimisation de la capacité

Vous aurez beau avoir la meilleure attraction du monde, celle-ci fera plus d’insatisfaits que de satisfaits si elle n’est pas capable d’absorber à un rythme raisonnable les visiteurs qui souhaitent s’y aventurer. Pour arriver à augmenter le débit, plusieurs techniques sont fréquemment utilisées. Probablement tellement souvent que vous n’y faites plus attention. En voici quelques-unes!

Le découpage des scènes

Dans les attractions sur rail ou dark-rides (le cas des omnimovers étant très spécifiques), le nombre de véhicules utilisables en simultané dépend directement du découpage de l’attraction.

Dans une montagne russe, les parcours sont divisés en zones, équipées chacune d’un dispositif de freinage d’urgence permettant de stopper le train avant qu’il ne passe à la suivante. Un train ne peut avancer que si cette dernière est libre, c’est à dire qu’il n’y aucun train dedans. Le nombre de trains que l’on peut par conséquent utiliser dans l’attraction est « Nombre de zones – 1″. En pratique, fonctionner dans ces conditions occasionerait de nombreux problèmes techniques (on parle d' »intrusion », c’est à dire que le véhicule a tenté de pénetrer une zone occupée), et on préfèrera se laisser une petite marge pour faciliter les opérations. Par exemple, Big Thunder Moutain en Californie est divisé en 8 zones mais n’accueille que 5 trains au maximum.

Zone de Frein de l’attraction « Gate Keeper ». Credit : NewsPlusNotes

Dans une attraction plus scriptée, le découpage se fera par scène au vrai sens du terme. On ne permettra ainsi pas à deux véhicules, ou groupes de véhicules, d’être dans la même séquence en même temps :

  • Pour des raisons d’immersion tout d’abord. Difficile de se sentir l’âme d’un aventurier et d’être surpris si 24 autres visiteurs expérimentent toutes les surprises juste devant vous.
  • Pour des raisons techniques! Certains effets spéciaux doivent être remis en position initiale pour fonctionner.

C’est pour ces raisons que les parcours sont souvent tortueux, afin d’isoler les scènes entre elles. Comptez le nombre de virages et de demi-tour dans le parcours d’Indiana Jones Adventure servant à masquer la suite… Et cette attraction s’autorise pourtant à faire croiser les voitures à certains moments!

 
 

Comme vous le voyez sur le plan ci-dessus, emprunté à DisneyParkBlueprints.com, la scène de l’embarquement est séparée de la scène 1 (Chambre du Destin), elle même séparée de la suivante par une porte automatisée.

La complexité du découpage est que les scènes doivent avoir la même durée pour ne pas créer un embouteillage de véhicules…(A moins de doubler une scène, cf. Ratatouille) Cette contrainte donnant naissance à un des effets les plus célèbres des parcs à thèmes, la scène du rocher! Interlude !

 

 

Indiana Jones Adventure – La scène du rocher

Mettez vous dans la peau d’un Imagineer : impossible d’imaginer une attraction Indiana Jones sans qu’un rocher géant tout droit sortir des Aventuriers de l’Arche perdue vous fonce dessus. Cependant, dans la situation où un explorateur ferait face à cette situation, nul doute qu’il passerait la marche arrière pour éviter un funeste destin… Voilà donc la séquence que nous pourrions imaginer 

1 – Face à face avec le rocher

2- Le rocher avance vers vous, le véhicule fait marche arrière

3- Le véhicule fait marche avant pour se précipiter dans le passage sous le rocher

Vous venez de mettre un coup à la capacité de votre attraction. La marche arrière de votre véhicule et son re-déplacement vers l’avant va mettre un temps que vous ne pouvez pas vous permettre sans créer
un embouteillage. Il va vous falloir de l’espace pour permettre au véhicule de reculer sans rentrer dans le champ de vision  de la voiture suivante. Pouvons-nous reculer… sans reculer?

Il semblerait que oui. Et la légende raconte que l’idée vienne de ce bon vieux Tony Baxter, Vice-President chez Walt Disney Imagineering. Alors que ce dernier allait tranquillement laver sa voiture, Tony se dirige vers un portique automatique. Il arrête sa voiture, tire le frein à main, et attend que son véhicule soit nettoyé. Au moment où le portique automatique démarre et avance vers sa voiture, Tony pense pendant un court instant que son véhicule est en train de se déplacer. Le cerveau est tellement conditionné pour penser que les voitures avancent tandis que les environnements restent fixes que l’hypothèse « le portique se déplace vers ma voiture » ne passe qu’en second. C’est exactement ce principe qui est utilisé dans l’attraction.

1 – Face à face avec le rocher.

2- Le rocher avance vers vous… La voiture se met à pencher vers l’avant avec les sons de crissement pneus qui vont bien, collant les passagers à leur ceinture de sécurité. Le décor se met à avancer pour créer une impression de défilement. L’illusion que vous reculez est en cours.

3- Le véhicule fait marche avant pour vous précipiter en dessous du rocher.

Vous avez gagné un changement de direction, de la distance à parcourir, et des précieuses secondes permettant de sauver votre débit! Fin de l’interlude!

Le double-embarquement

Soyons un peu technique maintenant. Chaque attraction est conçue avec en ligne de mire une Capacité Horaire Theorique (THC). Cette dernière désigne le nombre de visiteurs qui pourront embarquer chaque heure, dans des conditions parfaites : pas de sièges vides, tous les véhicules disponibles, et des opérateurs aussi rapides que Flash.

Le calcul de cette donnée est rapide :

THC = 3600 / intervalle de lancement , les deux données étant exprimées en secondes.

L’intervalle de lancement est le temps minimum que vous devez attendre entre chaque démarrage de véhicule.

Ce dernier est la valeur maximale entre la durée de la scène la plus longue et le temps en station. Pour calculer le temps en station, on additionne :   Temps d’arrivée en gare + Temps de débarquement des visiteurs + Temps d’embarquement des visiteurs + Temps de sortie du véhicule.

Lorsqu’une attraction a deux gares parallèles, ce temps est divisé par deux!

La flotte nécessaire découle également de cet intervalle : il vous faudra suffisament de véhicules pour en avoir un disponible quand le temps imparti sera écoulé.

Image de Cnet.com